Publié le 23 août 2026
PGP expliqué simplement à ceux qui n'y connaissent rien
Le chiffrement PGP semble complexe, mais son principe est simple. Voici l'explication pas à pas pour toute personne qui veut protéger ses messages sans compétence technique.
Quand on lit les articles sur Chat Control, on tombe systématiquement sur trois lettres : PGP. Ces trois lettres sont présentées comme la solution technique, la parade ultime, ce que font les journalistes et les avocats du monde entier. Mais dès qu'on cherche à comprendre concrètement de quoi il s'agit, on tombe sur des explications techniques indigestes remplies de "clés asymétriques", "algorithmes RSA", "hachage", "empreintes numériques".
Cette page est différente. Elle explique PGP avec des mots simples, sans jargon, comme on l'expliquerait à un proche qui n'a pas de culture informatique. Si vous savez utiliser WhatsApp, vous êtes largement capable de comprendre PGP.
Le problème que PGP résout
Imaginez que vous voulez envoyer une lettre confidentielle à quelqu'un par la poste. Cette lettre contient des informations sensibles : un secret médical, une confession personnelle, une négociation professionnelle importante.
Le problème est le suivant. Entre le moment où vous glissez la lettre dans la boîte aux lettres et celui où votre destinataire l'ouvre chez lui, elle passe entre les mains de dizaines de personnes : le facteur, les employés du centre de tri, les transporteurs, un autre facteur. Chacune de ces personnes pourrait, en théorie, ouvrir votre lettre, la lire, et la refermer avant de la faire suivre.
Vous ne le sauriez jamais.
La solution du cadenas magique
Imaginez maintenant que vous disposez d'un cadenas magique. Ce cadenas a une particularité étrange : il n'a pas de clé pour le fermer, seulement une clé pour l'ouvrir. N'importe qui peut le fermer, mais seule la personne qui possède la clé peut l'ouvrir.
Voici comment ça marcherait avec ce cadenas magique.
Votre destinataire vous envoie d'abord un de ses cadenas ouverts. Il en a plein, il les distribue à tout le monde qui veut lui envoyer quelque chose de confidentiel. Il garde soigneusement chez lui la clé qui ouvre ces cadenas.
Quand vous voulez lui envoyer votre lettre secrète, vous la mettez dans une boîte. Vous fermez la boîte avec le cadenas magique qu'il vous a donné. Vous envoyez la boîte par la poste.
Pendant le trajet, tous les gens qui manipulent la boîte peuvent la regarder, la secouer, la peser. Ils ne peuvent pas l'ouvrir. Le cadenas est fermé. Personne, à part votre destinataire qui a la clé, ne peut lire ce qui est dedans.
Votre destinataire reçoit la boîte. Il utilise sa clé, il ouvre le cadenas, il lit votre lettre.
C'est exactement le principe de PGP. En version numérique.
Ce que fait vraiment PGP
PGP fonctionne exactement comme le cadenas magique, mais avec du texte au lieu de boîtes physiques.
Chaque personne qui utilise PGP possède deux choses :
- Une clé publique. C'est l'équivalent numérique du cadenas ouvert. On peut la donner à n'importe qui. On peut même la publier sur son site web. Elle sert à chiffrer les messages qui vous sont destinés.
- Une clé privée. C'est l'équivalent numérique de la clé qui ouvre le cadenas. Elle reste secrète, sur votre appareil, jamais partagée avec personne. Elle sert à déchiffrer les messages qu'on vous envoie.
Quand quelqu'un veut vous envoyer un message chiffré, il utilise votre clé publique (qu'il a récupérée). Il tape son message, il le chiffre avec votre clé publique. Son message se transforme en une suite de caractères illisibles.
Il vous envoie cette suite illisible. Il peut la mettre dans un email, dans WhatsApp, dans un SMS, sur un forum public, sur Twitter. Peu importe. Pendant tout le trajet, personne ne peut lire le contenu. Le message est chiffré.
Chez vous, vous utilisez votre clé privée pour déchiffrer. Le message redevient lisible, uniquement pour vous.
Voilà. C'est tout. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Pourquoi personne au monde ne peut casser PGP
Vous vous demandez peut-être : mais si quelqu'un est très fort en informatique, ne pourrait-il pas quand même casser le chiffrement, deviner votre clé privée ?
La réponse est non. Absolument non.
PGP repose sur un principe mathématique découvert dans les années 1970. Sans entrer dans les détails, l'idée est qu'il existe certaines opérations mathématiques faciles à faire dans un sens, mais mathématiquement impossibles à faire dans l'autre sens.
C'est comme mélanger deux couleurs de peinture. Vous prenez du bleu et du jaune, vous mélangez, vous obtenez du vert. C'est facile. Mais si on vous donne du vert, vous ne pouvez pas séparer le bleu et le jaune. Vous ne pouvez pas revenir aux composantes originales.
PGP fonctionne sur ce principe, avec des nombres à la place des couleurs. Pour casser un message PGP correctement chiffré, il faudrait des millions d'années à l'ensemble de la puissance de calcul mondiale actuelle.
Ce n'est pas une estimation optimiste. C'est un fait mathématique reconnu par toutes les agences de renseignement au monde, y compris la NSA américaine qui est probablement l'organisation la plus dotée en cryptographes au monde.
C'est pour cette raison que PGP a été utilisé pendant plus de 15 ans par le cartel d'El Chapo au Mexique sans que le FBI, la DEA ou la CIA ne parviennent jamais à lire un seul de leurs messages. Ils ont fini par mettre la main sur El Chapo uniquement parce qu'un de ses propres ingénieurs les a trahis en leur donnant les clés. Le chiffrement lui-même n'a jamais cédé.
Ce qui a rendu PGP inaccessible pendant 30 ans
Vous vous demandez peut-être : si c'est aussi puissant, pourquoi tout le monde ne l'utilise pas déjà ?
La réponse est simple : PGP existe depuis 1991, mais il était réservé aux personnes qui savent coder. Les outils historiques (GPG, OpenPGP en ligne de commande) demandaient de comprendre plusieurs concepts techniques compliqués et de savoir taper des commandes dans un terminal Unix.
C'est pour ça que pendant 30 ans, PGP a été utilisé uniquement par les journalistes, les avocats, les diplomates. Des gens dont le métier justifiait de prendre 20 heures pour apprendre. Le grand public n'y avait pas accès en pratique.
Ce n'est plus vrai depuis quelques mois. De nouvelles générations d'outils permettent aujourd'hui d'utiliser PGP en trois clics, dans votre navigateur, sans installer quoi que ce soit, sans comprendre un mot de technique.
C'est ce changement qui rend PGP soudainement pertinent pour tout le monde, exactement au moment où Chat Control arrive.
Comment ça marche concrètement avec vos correspondants
Une chose importante à comprendre : PGP fonctionne uniquement si votre correspondant est aussi équipé. Il faut être deux pour parler une langue commune.
C'est logique quand on y pense. Si vous envoyez un message chiffré à quelqu'un qui n'a pas de clé pour le déchiffrer, il reçoit juste une suite de caractères illisibles. Il ne peut rien en faire.
Ce n'est pas une limite technique de PGP, c'est le principe même de la confidentialité. Si une seule personne pouvait déchiffrer sans l'autre, alors n'importe qui pourrait le faire.
Concrètement, quand vous décidez d'utiliser PGP, vous équipez d'abord les 3 à 5 personnes avec qui vous avez le plus d'échanges confidentiels : votre conjoint, votre associé, votre avocat, votre médecin, votre notaire. Vous vous échangez vos clés publiques. Ensuite, vos échanges avec eux sont chiffrés.
Progressivement, vous étendez à d'autres personnes en fonction du besoin. Il n'y a pas d'obligation de tout chiffrer d'un coup. Vous chiffrez ce qui a besoin de l'être, quand vous en avez besoin.
Ce que PGP ne fait pas
Il faut être clair sur ce que PGP ne résout pas.
PGP ne cache pas que vous communiquez. Si vous envoyez un message chiffré à quelqu'un via WhatsApp, tout le monde peut voir que vous avez envoyé quelque chose à cette personne à ce moment-là. Le contenu est protégé, mais les métadonnées (qui, quand, à quelle fréquence) restent visibles.
PGP ne protège pas votre appareil. Si votre téléphone est infecté par un logiciel espion, les messages sont lus au moment où vous les tapez ou les lisez. PGP protège pendant la transmission et le stockage, pas contre les malwares sur votre appareil.
PGP ne fonctionne pas rétroactivement. Les messages envoyés avant de mettre en place PGP restent lisibles. PGP protège les échanges futurs, pas ceux du passé.
Ces limites sont réelles, mais elles ne remettent pas en cause l'utilité de PGP. Pour la protection de vos communications privées face à Chat Control, PGP est l'outil qui répond très précisément au problème posé.
Questions fréquentes
PGP est-il illégal ?
Non, PGP est 100 % légal dans l'ensemble de l'Union européenne, aux États-Unis, et dans la plupart des pays démocratiques. C'est une méthode mathématique, aucune loi ne peut l'interdire techniquement.
Est-ce que PGP peut être cassé par une puissance de calcul supérieure ?
Non, pas avec la technologie actuelle ni prévisible dans les décennies à venir. Même avec la totalité de la puissance de calcul mondiale, il faudrait des millions d'années pour casser une seule communication PGP correctement chiffrée.
Est-ce que les ordinateurs quantiques vont casser PGP ?
Les ordinateurs quantiques théoriquement suffisamment puissants pourraient effectivement casser certains algorithmes cryptographiques actuels. Mais ces ordinateurs n'existent pas encore à l'échelle requise. Et des algorithmes "post-quantiques" résistants sont déjà en cours de déploiement dans les outils modernes de chiffrement, y compris ceux basés sur PGP.
Est-ce que PGP fonctionne pour les fichiers, pas juste les messages ?
Oui. PGP peut chiffrer n'importe quel type de contenu : messages texte, fichiers PDF, photos, vidéos, archives entières. Le principe est le même : le fichier est chiffré avec la clé publique du destinataire, seul lui peut le déchiffrer.
Que se passe-t-il si je perds ma clé privée ?
Vous perdez la capacité de déchiffrer les messages passés qu'on vous a envoyés. C'est pour cela qu'il faut faire une sauvegarde chiffrée de vos clés dès le début, stockée dans un endroit sûr (disque externe, cloud chiffré). Avec cette sauvegarde, vous pouvez restaurer vos clés sur n'importe quel nouvel appareil.